Ulysse Moore, Tome 1 : Les clefs du temps, de Pierdomenico Baccalario (2004 pour l’édition originale en italien, 2006 pour la traduction en français)

Lu à haute voix en juillet 2018 – Bayard éditions, 6,90€

Une mystérieuse villa perchée au sommet d’une falaise vertigineuse, un groupe d’enfants intrépides, une porte dissimulée derrière une armoire, une série d’énigmes à déchiffrer, une présence planant sur l’ensemble… Tous les ingrédients d’une aventure digne du Club des Cinq sont réunis par Pierdomenico Baccalario dans ce premier tome de la série Ulysse Moore. J’ai acheté ce roman par curiosité, ayant lu quelque part que son auteur était l’un des plus lus en littérature jeunesse en Italie : nous n’avons malheureusement pas été convaincus.

L’objet livre est attrayant : belle couverture aux motifs sibyllins dont les rabats renferment cartes et indices invitant à la chasse au trésor, mise en scène du récit avant même la première page, jolies illustrations donnant l’impression de dissimuler des indications qui pourraient se révéler cruciale pour l’enquête.

Le problème, c’est qu’au-delà de cette belle présentation, le livre ne propose rien de plus que ce qu’offraient déjà les fameux romans d’Enid Blyton : un décor pittoresque sommairement esquissé, des personnages lisses ne rencontrant pas de dilemme particulier (certains, comme l’antipathique Olivia Newton qui rôde dans les parages, sont à peine introduits sans que l’on puisse saisir leur rôle dans le cadre de ce premier tome), une enquête appréhendée et résolue de façon linéaire par les jeunes héros qui se trouvent toujours commodément disposer des informations pertinentes pour trouver la solution… Le style littéraire et les dialogues ne présentent que peu d’intérêt, l’intrigue est rapidement résolue et apparaît rétrospectivement comme une sorte de préliminaire à la véritable histoire : de fait, on découvre à la dernière page que l’histoire commence à peine et qu’il faudra acheter les tomes suivants (dix-huit à ce jour à près de onze euros chacun…) pour connaître la suite qui s’annonce comme réminiscente de la série La Cabane Magique. Certains lecteurs ne manqueront pas de se sentir floués !

Ulysse Moore ne me semble, en somme, pas pouvoir tenir la concurrence avec d’autres sagas de littérature jeunesse – que l’on pense par exemple à celles de J.K. Rowling, de Pierre Bottero ou de Sophie Audoin-Mamikonian qui imaginent des univers et des personnages beaucoup plus travaillés. Antoine et Hugo ont perçu, je crois, cette différence de qualité puisqu’ils n’ont pas été captivés (en dépit du recours systématique aux cliffhangers en fin de chapitre et d’ouvrage) et n’ont pas demandé à poursuivre cette série. Cela dit, je peux concevoir que le style et le format très accessibles puissent être attractifs pour de jeunes lecteurs souhaitant se lancer dans la lecture de romans d’aventures qui ne soient pas trop ardus. Pour notre part, nous passerons notre chemin et ne suivrons pas la quête de Julia, Jason et Rick.

Extrait

« Voici le matériel qu’Ulysse Moore m’a prié de vous transmettre. Au cas où vous souhaiteriez le publier, notre seule exigence est que le nom d’Ulysse Moore soit bien visible sur la couverture et que l’ordre des manuscrits soit respecté. »

« En dépit de la fâcheuse situation où il se trouvait, suspendu sous la pluie battante à vingt mètre au-dessus de la mer, Jason gardait son sang-froid. Chose étrange, il était serein. Il savait exactement ce qu’il avait à faire. Il avait repéré deux renfoncements où loger ses pieds, et, en se hissant légèrement, il avait pu relâcher la tension de ses bras et tenir en équilibre sur ses jambes. À présent, rassuré, il pouvait lever la tête. »

« Metis signifie ‘sagesse’. C’était le nom de la première femme de Zeus, fille d’Océan et de Téthys. Une femme intelligente et capable, comme toutes les femmes, d’ailleurs ! »

 

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Stormbreaker (Tome 1 des aventures d’Alex Rider), de Anthony Horowitz (2000 pour la version originale en anglais, paru en 2001 en français)

Lu à voix haute en juillet 2018 – Livre de Poche Jeunesse (Hachette), 6,50€

Alex Rider, quatorze ans et orphelin, vit à Londres avec son oncle Ian. Un matin, on lui apprend que son oncle vient de périr dans un accident de voiture. Qui sont les personnes mystérieuses qui apparaissent à son enterrement ? Où Ian travaillait-il vraiment ? En enquêtant sur les conditions suspectes de son prétendu accident de voiture, Alex se trouve pris dans un engrenage qui le conduira au cœur d’une affaire d’espionnage pleine de rebondissements spectaculaires !

Ce premier tome des aventures d’Alex Rider réunit tous les ingrédients classiques du roman d’espionnage anglais : services secrets parfaitement camouflés, gadgets, messages chiffrés, péripéties à couper le souffle, ennemis machiavéliques bien sûr associés d’une manière ou d’une autre à la Russie et à la Chine… La monstrueuse méduse Physalie mérite une mention particulière !

Si le livre se conforme fidèlement aux conventions du roman d’espionnage, ce genre est assez inhabituel dans la littérature jeunesse et cette lecture a permis à Antoine et à Hugo de le découvrir. Ils ont adoré. Alex est un vrai héro susceptible de susciter l’identification des jeunes lecteurs : sympathique, débrouillard, courageux, athlétique, intelligent, polyglotte, plein de sang-froid et de discernement. Anthony Horowitz, dont nous avions déjà beaucoup apprécié L’Île du Crâne l’année dernière, connaît son affaire : le style est fluide et agréable, l’intrigue est très bien ficelée et les scènes d’action s’enchaînent sans temps mort, avec une montée en puissance jusqu’à un final proprement vertigineux.

L’intérêt du roman est certainement moindre pour les lecteurs plus expérimentés qui noteront de nombreux parallèles avec la série des James Bond, une tendance au manichéisme caractéristique du genre, des cascades bourrées de testostérone et des invraisemblances ici ou là. Le roman vit essentiellement de l’intrigue et va droit au but, sans proposer de contexte ou d’univers particulièrement travaillé. Il peut néanmoins être proposé sans hésitation aux jeunes amateurs de frissons et d’histoires d’espions, qui le dévoreront d’une seule bouchée…

Extraits

« Costume gris, cheveux gris, lèvres grises, yeux gris. Son visage était inexpressif, et son regard, derrière ses lunettes à monture gris acier, parfaitement neutre. Qui qu’il soit, cet homme semblait moins vivant que toutes les personnes présentes dans le cimetière, sur terre ou en dessous. »

« Il voulut bouger, mais fut projeté une nouvelle fois en arrière : la voiture avait été arrachée de terre et se balançait dans le vide. Alex ne pouvait rien voir. Ni bouger. Son estomac se souleva : la voiture décrivit un arc de cercle dans un horrible grincement de métal et un tourbillon de lumière. La grue qui l’avait empoignée allait la déposer dans le broyeur. Avec Alex. »

« Il contempla les côtelettes d’agneau froide dans son assiette. De la viande froide. Soudain, il comprit ce que ce mot voulait dire. »

« Mais, tout à coup, quelque chose bougea dans les profondeurs turquoise. Bouche bée, partagé entre l’émerveillement et l’horreur, Alex découvrit la plus monstrueuse des méduses. Le corps de la bête était une masse scintillante et palpitante mauve et blanc, qui avait vaguement la forme d’un cône. Dessous, des tentacules d’au moins dix mètres de longueur, couverts de sortes de petits dards, ondulaient dans l’eau. Quand la méduse se déplaçait, ou dérivait à cause d’un courant artificiel, ses tentacules glissaient contre le panneau de verre et on avait l’impression qu’elle essayait de sortir. C’était la créature la plus hideuse et répugnante qu’Alex ait jamais vue.
‘Physalie’, dit une voix derrière lui. »

Caïus et le gladiateur, de Henry Winterfeld (1969 pour l’édition originale en allemand, traduction française de 2001)

Lu à haute voix en juillet 2018 – Livre de Poche Jeunesse, 5,90€

Quel plaisir de retrouver la sympathique bande d’élèves dont nous avions fait la connaissance au printemps, en lisant L’affaire Caïus! Si Henry Winterfeld a publié ce second volet de leurs aventures seulement seize ans plus tard, nos jeunes héros n’ont pas changé d’un poil et leurs idées et leurs dialogues sont toujours aussi réjouissants.

Pleins de bonne volonté, les garçons ont décidé d’offrir un esclave prénommé Udo à leur maître Xanthos. Ils sont loin d’imaginer que cette initiative les conduira dans des aventures aussi périlleuses qu’invraisemblables ! Pourquoi le marchand d’esclaves a-t-il mis la clé sous la porte pour s’enfuir précipitamment ? Qui est le terrifiant gladiateur borgne qui est à leurs trousses ? Quelle est la nature du complot terrible qui semble se tramer à Rome ? L’enquête menée par les garçons et leur maître les conduira dans le dédale des rues de Rome, au cimetière, sur un navire égyptien et même dans la fosse aux lions de l’arène !

On retrouve ici tous les ingrédients qui nous ont fait aimer le premier volet des aventures de Caïus : une intrigue palpitante, plusieurs bonnes frayeurs, des héros attachants et souvent hilarants (avec une mention spéciale pour l’imagination débordante et la verve d’Antoine et l’ironie de Xanthos !). Le roman offre aussi une immersion dans la Rome antique, sans que l’on ait une seule seconde l’impression de lire un ouvrage « pédagogique ». On se passionne tellement pour la chasse à l’assassin menée par les élèves que l’on remarque à peine qu’on apprend plein de choses sur la conquête des Gaules, la vie politique de Rome, ses relations avec l’Egypte, le commerce et l’emploi d’esclaves, et surtout la vie dans les arènes de gladiateurs. Cette lecture à voix haute a nourri des échanges très riches sur l’histoire de Rome, le tout dans une joyeuse bonne humeur alimentée par les frasques des jeunes héros. Elle ravira les amateurs de mythologies grecque et romaine qui sont sans cesse évoquées à travers les expressions et les exclamations des personnages.

Un roman que nous recommandons donc chaudement, même si la résolution finale m’a semblé un peu rapide… Quel dommage que le troisième tome des aventures de Caïus n’ait pas été traduit à ce jour !

Extrait

« – Dès le début, j’étais contre cette idée de t’offrir un esclave, maître Xanthos.
Il rayonnait de fierté.
– Et bien, Antoine, quel plaisir d’entendre pour une fois une parole sensée sortir de ta bouche.
Antoine poursuivit avec enthousiasme :
– Moi, je voulais t’offrir un lion. »

Sally Jones, de Jakob Wegelius (2014 pour l’édition originale en suédois, 2016 pour la traduction française)

Lu en juin 2018 – Paris : Éditions Thierry Magnier, 16,90€

Sally Jones est une héroïne hors du commun : « Pour ceux qui ne me connaissent pas, je tiens à préciser que je ne suis pas un être humain mais un singe anthropoïde. Un grand singe. » Aussi loin qu’elle s’en souvienne, la gorille a toujours vécu parmi les hommes et il ne lui manque que l’usage de la parole : « J’ai appris la manière dont vous réfléchissez et je comprends ce que vous dites. J’ai appris à lire et à écrire. J’ai appris à voler et à trahir. Je sais ce qu’est la cupidité. Et la cruauté. » Après avoir eu de nombreux maîtres qu’elle préfèrerait pouvoir oublier, elle sympathise avec Henry Koskela, dit « le Chef » qui partage sa passion pour la navigation et la mécanique. Suite à une mauvaise rencontre, il est injustement accusé de meurtre et emprisonné. Sally Jones, désespérée, ne voit d’autre issue pour sauver son ami que de mener l’enquête, quitte à se rendre à l’autre bout du monde pour cela !

Ce roman très original transcende les genres puisqu’il est tout à la fois une enquête policière, un roman maritime, un roman historique et un roman animalier. Le résultat mérite sans aucun doute les multiples prix qui lui ont été attribués. Sa couverture est très belle et très soignée, ainsi que les illustrations pointillistes en noir et blanc qui contribuent pleinement à planter le décor du début du 20ème siècle.

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L’intrigue se noue donc dans une période de tumulte politique en Europe, de développement du commerce international, de domination coloniale et de révolutions technologiques et culturelles. Jakob Wegelius travaille très bien l’atmosphère des lieux de l’intrigue, du port de Lisbonne au palais du maharadjah de Bhapur en passant par la salle des machines de plusieurs cargos. Sally Jones se révèle une observatrice hors-pair dont le récit nous permet de nous immerger dans les odeurs, les goûts, les musiques et les sensations de cette époque. La lecture du roman nous laisse un sentiment empreint de mélancolie, de sensibilité, mais aussi de dépaysement radical.

L’intrigue est assez passionnante et pleine de rebondissements qui s’enchaînent sans aucun temps mort jusqu’à l’élucidation finale d’une affaire pleine de ramifications. Les 550 pages de ce pavé se laissent donc facilement dévorer, même si je me suis demandé si la deuxième partie n’aurait pas pu faire l’économie de plusieurs digressions et aller droit au but.

Les personnages sont hauts en couleur, mais connaissent pour beaucoup un sort tragique. Parmi eux, une mention spéciale doit être faite de l’héroïne – troublante, débordant d’intelligence, de sensibilité et d’empathie. Le roman est très bien écrit et traduit. Le regard précis et l’intuition de Sally Jones font office de révélateur de la violence et de la misère humaines : violence des rapports sociaux, de la domination des hommes sur les femmes et des puissants sur les plus vulnérables. À cet égard, et sans que le texte ne soit susceptible de heurter, je ne conseillerais pas ce roman à des lecteurs trop jeunes. Cela dit, il en émane une touche d’espoir puisque Sally Jones fait quelques très belles rencontres et semble rendre meilleurs ceux dont elle croise la route.

Une très jolie découverte qui m’a fait très forte impression !

Extraits

« Je me souviens qu’il pleuvait quand nous sommes sortis pour aller dîner. Les lumières des lampes à gaz se reflétaient dans les pavés mouillés du quai. L’eau sale ruisselait dans les ruelles étroites de l’Alfama. Il faisait chaud à O Pelicano. Les habitués étaient serrés autour des tables rondes dans la salle enfumée. Plusieurs d’entre eux nous ont salués d’un hochement de tête ou d’un signe de la main. Des marins et des dockers, des filles de joie aux yeux cernés et des musiciens en manque de sommeil. Une imposante femme habillée en noir qui s’appelait Rosa chantait une chanson sur l’amour malheureux. C’était du fado, un genre de chansons caractéristique des quartiers pauvres de Lisbonne. »

« – Dieu sait ce qu’il y a comme saletés dans les poils de cette bête, a-t-il grommelé une fois en me jetant un regard méprisant.
– Mesure tes mots, a dit Ana. Elle comprend plus que tu ne crois !
Signore Fidardo m’a alors regardée dans les yeux pour la première fois.
Puis il a dit :
– Ça m’étonnerait. »

« Un navire constitue un petit monde à lui tout seul. Il a ses propres lois et sa propre manière de calculer le temps. Quand on assure le quart jour après jour, nuit après nuit, il est facile d’oublier qu’il existe un monde aussi en dehors du bateau. »

« Nous avons survolé Bhapur dans tous les sens. Nous partions souvent tôt le matin pour ne rentrer que dans la soirée. Bientôt toute la population avait vu son avion passer au moins une fois dans le ciel. Quand nous atterrissions pour déjeuner dans un champ ou dans un pré, il arrivait qu’une foule s’assemble autour de nous. La plupart du temps, le maharadja faisait semblant de ne pas les voir. Mais je remarquais qu’il était mal à l’aise en découvrant les enfants sales, les femmes maigres au dos voûté et les hommes épuisés. Je crois qu’au fond de lui, il les craignait un peu. »

Le secret du rocher noir, de Joe Todd-Stanton (2016 pour l’édition originale en anglais, 2018 pour la traduction française)

Lu en juin 2018 – L’école des loisirs, 12,20€

La couverture du secret du rocher noir est si belle, avec ses motifs empreints de mystère et ses reliefs qu’elle a eu de quoi nous redonner envie, pour la première fois depuis un petit moment, de découvrir un album !

Erine vit près d’un port avec sa mère pêcheuse (oui oui ! Tellement rare que j’ai dû vérifier le féminin du mot en écrivant cette critique…). Tous les pêcheurs vivent dans le crainte du rocher noir, dont la légende dit qu’il détruit tous les bateaux qui s’en approchent. Irrésistiblement attirée par le large, Erine est pleine de courage et décidée à faire la lumière sur le rocher noir : que découvrira-t-elle ?

L’histoire est très jolie et empreinte de rêve et de magie : qui n’a pas rêvé de découvrir les mondes sous-marins qui se cachant sous la surface des océans ? Le texte est à la fois sobre et bien écrit : il me semble adapté à des enfants très jeunes. Mais ce sont avant tout les illustrations qui font le charme de cet album : pleines de petits détails et de surprises, elles composent un univers merveilleux dans lequel on plonge avec délice pour rêver d’un monde où les humains vivraient en harmonie avec la nature et où une courageuse petit fille nous donnerait envie de dépasser les idées reçues…

Erin-Rod

 

Extraits

« Tous les pêcheurs avaient une histoire terrifiante à raconter.
– Il change tout le temps de place et est capable de réduire un bateau en miettes !
– Il est aussi gros qu’une montagne et aussi pointu qu’un espadon ! »

« Soudain, une forme sombre, gigantesque, se dressa devant le bateau ! »

Le Léopard d’argent, d’Anne Samuel (2014)

Lu à haute voix en juin 2018 – Les petites moustaches, 13€

Mona ignore tout de ses origines : mystérieusement apparue, bébé, dans un musée, elle ne dispose que d’une vieille valise pleine de trésors anciens et d’une sensation curieuse de décalage par rapport à son temps… Le jour de ses treize ans, qu’elle fête avec son père adoptif qui lui a réservé une surprise dans un musée parisien, Mona est inexplicablement projetée dans le Bordeaux du XIIème siècle. Abasourdie par la découverte d’une époque radicalement différente, Mona prend rapidement la mesure des défis qui l’attendent : parviendra-t-elle à trouver le chemin du retour vers son époque et son père ? D’ici là, saura-t-elle faire face aux embûches que lui réserve cette période de tourmente ? Conditions de vie moyenâgeuses, tensions religieuses, effervescence de la préparation de la deuxième croisade, domination exercée par la reine Aliénor d’Aquitaine : tout concourt à faire du Moyen-âge un décor hostile pour une jeune fille du 21ème siècle, mais Mona pourra heureusement compter sur l’amitié de maître Isaac, l’orfèvre préféré de la reine, et de son apprenti Colin…

Ce roman est bien écrit tout en restant assez court et donc accessible à de jeunes lecteurs. C’est toujours agréable de lire les aventures d’une héroïne féminine – et cela reste suffisamment rare en littérature jeunesse pour mériter d’être souligné… Mona suscite la sympathie et fait preuve en toutes circonstances de gentillesse, mais aussi de sang froid, de bon sens et de perspicacité. Le roman permet aussi de découvrir beaucoup de choses. Sa lecture a été pour nous l’occasion d’évoquer le quotidien du Moyen-Âge, la féodalité, le poids qu’a pu avoir l’église catholique, les guerres de religions et les croisades… Nous avons apprécié les informations auxquelles le texte renvoie – d’autant plus que nous habitons en Aquitaine, non loin de l’abbaye de la Sauve Majeure qui joue un rôle important dans l’histoire ! Il me semble toutefois que ces renvois sont trop nombreux et que les informations de contexte auraient pu être mieux intégrées dans la narration pour éviter d’interrompre le fil de l’intrigue – comme Henry Winterfeld était, par exemple, parfaitement parvenu à le faire dans L’affaire Caius. Peut-être mes garçons étaient-ils trop jeunes et nécessitaient-ils trop d’explications – toujours est-il qu’elles ont haché notre lecture et qu’on a parfois l’impression que l’intrigue est au service d’une visée pédagogique de transmission de l’histoire plutôt que le contraire, ce qui serait un peu dommage.

Le roman s’achève sur une mention « à suivre » et il semble que le voyage dans le temps de Mona se poursuive à travers d’autres ères…

Extraits :

« Mais que faisait cet enfant dans cette valise, dans ce secrétaire ? Qui était-il, d’où venait-il ? »

« Ils arrivèrent au lavoir. Après les odeurs de déchets en putréfaction qu’elle venait de respirer, Mona fut saisie par des senteurs fraîches et minérales comme celles de l’argile. Malgré son trouble, elle ne put s’empêcher d’admirer la scène : une vingtaine de lavandières courbaient l’échine en frappant du linge avec de grands manches en bois. »

« C’est un plaisir de vous cognoistre, dit le prince en leur adressant un beau sourire. »

La team Sherlock. Le mystère Moriarty, de Stéphane Tamaillon (2017)

Lu à haute voix en juin 2018 – Seuil, 12,50€

Bienvenue à l’école internationale de Compte-de-Phénix : situé au cœur de la Suisse, cet honorable établissement et son internat accueillent des élèves et des enseignants du monde entier. Célandine, Haruko et Alejandro voient leur première rentrée bousculée par d’étranges événements : disparitions inquiétantes, signes d’une mystérieuse présence nocturne dans les couloirs de l’internat, découvertes inattendues dans les recoins du bâtiment… Il n’en faut pas moins à la « team » pour décider de mener l’enquête. Parviendront-ils à percer les mystères de leur nouvelle école et à éviter de nouveaux drames ?

Merci beaucoup à Babelio et à l’opération Masse Critique de nous avoir permis de découvrir ce petit roman policier jeunesse. Il ravira tous les jeunes lecteurs souhaitant découvrir ce genre : comme mes garçons, ils ne manqueront pas de se prêter au jeu de mener l’enquête avec la sympathique team Sherlock. L’intrigue est bien construite et le découpage des chapitres savamment pensé pour donner envie de poursuivre la lecture. Chapitres qui restent d’ailleurs relativement courts, ce qui contribue à rendre ce livre accessible aux bons lecteurs à partir de 8 ans… Nous avons également apprécié le décor Suisse – ses montagnes, cantons et cascades – et le caractère international de l’école, qui permet de découvrir des personnages et anecdotes amusantes de plusieurs pays. Une autre touche bienvenue provient des références multiples aux goûts musicaux (The Clash, ACDC…) et cinématographiques (Les Temps Modernes…) des protagonistes et à la littérature – Stephen King, le Dr Jekyll, mais aussi et surtout Sherlock Holmes dont nous avions justement découvert les premières aventures il y a quelques mois. Si beaucoup de lecteurs ne connaîtront pas ces références, elles sont susceptibles de piquer leur curiosité et de leur donner l’envie de découvrir certaines d’entre elles.

Cela dit, plusieurs travers me dissuadent de recommander ce roman de façon prioritaire. Mes réserves principales ont trait au style qui ne me semble pas pleinement maîtrisé avec des expressions surprenantes faisant irruption dans la narration (une « tête trop rigolote », « les flics », « elle se ramassa la binette », « le binoclard »…). Les dialogues font un usage inflationnaire des points d’exclamation et d’expressions familières qui rendent d’autant moins plausibles les multiples développements lors desquels l’un de nos jeunes héros instruit ses camarades sur les mystères de l’Univers, l’histoire du compte de St Germain ou les saisons au Japon. Le tout manque souvent de fluidité. Les personnages manquent de complexité et ne sont pas particulièrement attachants. Ils restent finalement peu nombreux : la narration se focalise sur l’intrigue principale et on n’apprend presque rien des autres élèves et enseignants et de leur quotidien. Enfin, l’histoire manque peut-être d’originalité, le mélange d’enquête, d’internat et de fantastique évoquant à la fois Enquête au collège de Jean-Philippe Arrou-Vignod, Le Club des Cinq d’Enyd Blyton et Harry Potter de J.K. Rowling, avec son internat installé dans des bâtiments historiques, sa bibliothèque, un trio de copains aux prises avec une « peste blonde », les thèmes de l’alchimie et de l’occlumancie ou quelque chose qui y ressemble fortement…

À mes yeux d’adulte, un récit indiscutablement prenant ne saurait compenser ces faiblesses, mais je ne doute pas que des lecteurs plus jeunes pourront passer un très bon moment avec ce roman !

Extraits:

« Un raclement retentit dans le couloir, juste de l’autre côté de la porte de la chambre. Il tendit l’oreille. Le son évoquait celui d’un râteau grattant le sol pour ramasser des feuilles mortes, chose hautement improbable à l’intérieur d’un dortoir. »

« Sa construction avait été financée par un donateur anonyme dont l’Histoire n’avait retenu que le pseudonyme : le comte de Phénix. Les lieux avaient été baptisés en hommage à ce généreux mécène. Au cours des deux derniers siècles, les plus illustres historiens s’étaient échinés à découvrir qui pouvait bien se cacher derrière ce flamboyant surnom. Mais, aujourd’hui encore, le mystère demeurait entier. »

« Mais oui, c’est ça, et AC/DC va enregistrer un album de bal musette. »